Phobie administrative

En essayant de comprendre l’histoire de Thomas Lemaréchal, il m’est venu l’idée qu’il pouvait avoir été blessé, ou pire, tué lors des campagnes napoléoniennes. En effet, dans l’acte de mariage Cauderlier-Lemaréchal, Thomas a comme profession “perruquier et militaire”. Dans les actes précédents il n’était que perruquier. Ce métier a dû être frappé d’une crise à la chute de la monarchie… La perruque était associée à l’Ancien Régime. On peut donc déduire qu’il s’est reconverti en entrant dans l’armée.

Une autre question qui m’intrigue : que fait Justine Lemaréchal, née à Périers dans la Manche, vingt ans plus tard à Taisnières-sur-Hon, dans le Nord ? Elle est couturière et encore célibataire. Supposition : Peut-être que Justine, la fille de Thomas Lemaréchal, est venue dans le Nord pour soigner ou enterrer son père. Sa mère n’a pas l’air de l’accompagner. Celle-ci se remarie dans la Manche.

Mais que sont devenus les morts de ces guerres effroyables ? Et qu’en disent les généalogistes aguerris (s’y j’ose dire) ?

J’ai découvert qu’il y a tout un projet “mémoire des hommes” qui oeuvre à les recenser.

Alors j’ai cherché les Lemaréchal morts pendant les guerres napoléoniennes natifs de Périers dans la Manche, et là pas de Thomas mais un Maurice Aimable François né le 11 janvier 1793. Un frère ou un cousin sans doute.

Ni une ni deux je consulte les archives de Périers en 1793 mais là surprise pas de naissance de Lemaréchal en janvier 1793 An deuxième de la république. Comment est-ce possible ?

Un peu de persévérance et hop voilà ce que je trouve en février soit 20 jours après la naissance du jeune Maurice :

Archives départementales de la Manche Périers 1793 Acte N°5

Transcription :

Aujourd’hui premier février mil sept cent quatre vingt treize, an deuxième de la République française, à cinq heures du soir, par devant moi Etienne Guillaume Dusignet membre du conseil général de la commune de Périers, élu le cinq décembre dernier pour dresser les actes destinés à constater les naissances, mariages et décès des citoyens, est comparu en la salle publique de la maison commune le citoyen Jean Le Maréchal, tisserand, domicilié dans la dite municipalité de Périers rue du Clos Torel, lequel assisté de Jean Desrez, cordonnier, âgé de vingt-huit ans, et Léon Nicolas Desrez, tous les deux natifs et demeurant en cette municipalité, rue et place du vieux bourg, a déclaré à moi Etienne Guillaume Dusignet que Marguerite Anquetil, son épouse en légitime mariage, est accouchée le onze janvier dernier, sur les neuf ou dix heures du soir, dans la maison située rue du Clos Torel, d’un enfant

Archives départementales de la Manche Périers 1793 Acte N°5

mâle qu’il m’a aujourd’hui présenté, ce qu’il aurait fait dans les temps prescrits par la loi si elle lui avait été connue et s’il n’avait pas été persuadé que la présentation faite de cet enfant en l’église pour recevoir le baptême n’eut pas été suffisante, nous assurant qu’aucun citoyen ne mettroit plus d’empressement à l’exécution de toutes les lois, auquel enfant il a donné le prénom de Maurice Aimable François, que les citoyens Jean Nicolas Desrez, ce dernier âgé de soixante quatre ans, ont certifié véritable, et la représentation qui m’a été faite de l’enfant dénommé, j’ai rédigé, en vertu des pouvoirs qui me sont délégués, la présente acte que Jean Lemaréchal, père de l’enfant et les deux témoins Jean et Nicolas Desrez ont signé avec moi.

Fait en la maison commune de Périers les jours mois et an ci-dessus.

Trois semaines de retard pour la déclaration ! Le déclarant se défend d’une quelconque phobie administrative… On espère qu’il n’a pas été sanctionné, peut-être avait-on déjà inventé la période pédagogique avant sanction, après tout l’Etat-Civil ne date que du 20 septembre 1792 soit à peine plus de 4 mois avant la naissance du petit Maurice, et son papa n’avait pas la télévision.

Hélas, le jeune Maurice Aimable François Lemaréchal ne vivra pas très vieux. Ses parents l’éduqueront avec amour pour servir de chair à canon dans les campagnes de Napoléon puisqu’on le retrouve dans la liste de décédés de Mémoire des hommes.

Pattes de mouches

C’est souvent un challenge de déchiffrer les actes les plus anciens, extraits des cahiers paroissiaux d’avant la Révolution française. Le prêtre qui maniait la plume avait une graphie différente de la nôtre. De grandes boucles marquent la fin des mots. Les s ressemblent à des f. Les mots sont attachés, la virgule semble inconnue. L’encre fait des pâtés. Surtout, le scripteur s’efforce d’économiser le papier. Il écrit tout petit, en pattes de mouche, et il arrive que les lignes soient si serrées qu’elles se cognent.

Je l’imagine, sollicité par l’arrivée de paroissiens, qui se met en place. Il procède au baptême. Puis il va chercher le cahier, la plume et l’encre, la bougie peut-être. Il s’installe, trempe son immense plume d’oie dans l’encrier. Il questionne. Il écoute ce qu’on lui raconte des faits.

Il interroge pour faire le tri et remettre les éléments en ordre. Ne rien oublier. Relire, faire signer. Puis ce sont les autres qui se penchent sur le grimoire, parfois moins regardant sur la place occupée par leur signature qu’il ne l’a été pour l’acte. Ils s’appliquent.

Le résultat, c’est cela :

Archives de la Manche
Inhumation de Sophie Clotilde Angélique Lemaréchal
le 16 Mai 1784 à Saint Patrice de Claids
page 1

Et voici ce que je crois lire :

Le dimanche seize jour de May de l’an 1784 le corps de Sophie Clotilde Angélique Lemaréchal fille de Thomas et de Marie Angélique Saint Jean de la paroisse St <Quelquechose> de Périers décédée hier chez <quelqu’un> Yon de cette paroisse où elle était en nourrice âgée d’environ quinze jours.

Archives de la Manche
Inhumation de Sophie Clotilde Angélique Lemaréchal
le 16 Mai 1784 à Saint Patrice de Claids
page 2

a été inhumé dans le cimetière de ce lieu par nous <quelqu’un> soussigné et Mr Le Barrier et Mr <quelquechose> sous signés.

Evidemment, pour les noms propres, le challenge est encore plus grand. J’espère avec le temps m’habituer au déchiffrage. Peut-être que dans quelques mois ou années les gribouillis ci-dessus n’auront plus de secrets pour moi. Pour l’instant, ils sont hélas pleins de mystère. C’est dommage, car ce sont bien les noms propres qui permettent d’avancer vers le haut en généalogie.

Je ne suis pas le seul à m’arracher les yeux sur les actes anciens. La personne qui a rédigé la table annuelle de ce cahier paroissial a eu bien du mal à lire le nom de la petite, et a indiqué dans la marge ‘Le Morisset’. Il va sans dire que j’avais bien peu de chances de tomber sur ce document. Mais une fois de plus j’ai été aidé. Cette fois, c’est une recherche dans généanet qui m’a permis de découvrir la naissance et la mort de cette petite, à quelques jours d’écart. Pauvre enfant, pauvres parents…

Recensement rue aux Coqs de 1876 à 1926

Je découvre de sites internet qui facilitent la généalogie :

– les archives de la Manche https://archives-manche.fr

– les recensements dans les archives du Calvados permettent de suivre une adresse et de voir qui était là. https://archives.calvados.fr

Les recensements mettent en lumière les liens, les foyers, les attachements, le réconfort recherché après les coups du sort.

En suivant le 19-21 rue aux coqs à Bayeux :

Il y a pas mal de gens de la famille qui y ont passé et qui y travaillaient comme commis :

Arthur Cauderlier

Ernest Halley (fils ou neveu d’Amélie Adélaïde Halley)

Quand tante Denise est pensionnaire elle n’est plus dans la liste

Il y a parfois l’âge, le lieu de naissance.

On découvre des infos qu’on ignorait :

Georges Auguste Boucher mari de Jeanne, gendre de Léopold, est typographe au journal de Bayeux

en 1926

Leur fils Henri est employé de commerce de son oncle Henri Cauderlier

Berthe Hopquin apparaît en 1921 comme domestique, précédée de Delphine dont parlait mon père, qui avait dû laisser un souvenir dans la famille.

En 1936 Henriette est partie avec son mari, mais Denise et Berthe sont là.

Recensement de 1876

Rue Echo 19-21

Cauderlier Léopold Chef de famille marchand de sel 29 ans né à Gussignies (Nord)

Halley femme Cauderlier Amélie Adélaïde sans profession 32 ans née à Briquebec (Manche)

Cauderlier Jeanne Léopoldine 6 ans née à Bayeux

Cauderlier Henri Jules 3 ans né à Bayeux

Torquet Rosalie Catherine 26 ans cuisinière née à St Pierre Manche

Cauderlier Arthur employé de commerce 17 ans né à Carentan Manche

Marion Charles domestique 18 ans né à La Cambe Calvados

Commentaire : Léopold n’a que 29 ans et il est déjà propriétaire (ou locataire ? ) de cette maison ! J’avais toujours en tête l’image d’un homme mûr à l’achat de la maison.

Sa fille Jeanne est née à Bayeux en 1870, cela fait donc plusieurs années qu’ils sont là. Il a déjà établi son commerce de sel. C’est sans doute Henri le premier à naître dans la maison. Je recherche l’acte de naissance de Jeanne : en novembre 1870, la famille habite rue St-Patrice à Bayeux, et Léopold est déjà marchand de sel.

Recensement de 1881

Cauderlier Léopold négociant chef de famille 35 ans

Halley femme Cauderlier Amélie Adélaïde sans profession 38 ans

Cauderlier Henri Jules 9 ans fils

Cauderlier Jeanne Léopoldine 12 ans fille

Richard Aimé Jean-Pierre 23 ans employé

Commentaire : les domestiques n’habitent plus avec eux, à moins qu’ils n’en aient plus.

Recensement de 1886

19 rue Echo

Jeanne Alexandre chef de famille administrateur d’imprimerie 60 ans

Hamelin Olympe sans profession 60 ans

Commentaire : le 19 a été loué. Y a-t-il un lien entre cet administrateur d’imprimerie et Henri Boucher qui sera typographe et habitera la même maison après son mariage avec Jeanne Cauderlier ?

21 rue Echo

Cauderlier Léopold commerçant chef de famille 38 ans

Halley femme Cauderlier Amélie Adélaïde soins du ménage 41 ans

Cauderlier Henri 12 ans fils

Cauderlier Jeanne 15 ans fille

Lesénécal Désiré 19 ans domestique employé

Recensement de 1891

21

Cauderlier Léopold commerçant chef de famille 43 ans

Halley femme Cauderlier Amélie sans profession 45 ans

Cauderlier Henri 17 ans fils

Cauderlier Jeanne 20 ans fille

Halley Ernest tailleur beau-frère

Laisné Alexis 17 ans sans profession neveu

Delalande Désiré 17 ans employé

19 rue Echo

famille Gosselin Aristide et Henriette 29 ans, fils Henri 5 ans

Commentaire : Le 19 est toujours loué. Deux membres de la famille s’installent au 21 : Ernest Halley et Alexis Laisné. Ils ne participent pas à l’activité économique, mais peut-être sont-ils en location.

Les relations avec les Laisné puis les Gancel trouvent leur source dans cette cohabitation.

Recensement de 1896

21

Cauderlier Léopold commerçant chef de famille 48 ans

Halley femme Cauderlier Amélie Adélaïde sans profession 50 ans

Cauderlier Jeanne Léopoldine 25 ans fille

Loisel Edouard Victor 30 ans employé

19

Marie Veuve Bacon Radegonde 62 ans sans profession chef de famille

Commentaire : le 19 est toujours loué. C’est l’année du mariage de Jeanne. Supposition : Henri a 23 ans et il est peut-être sous les drapeaux.

Recensement de 1901

19-21

Cauderlier Léopold Joseph chef de famille 54 ans voyageur

Halley femme Cauderlier Emelie Adélaïde sans profession 56 ans

Cauderlier Henri Jules 28 ans fils négociant

Enguerrand René 19 ans employé de commerce au service de M. Cauderlier Henri

Bilard Anne-Marie 16 ans Domestique pour M. Cauderlier Léopold

Boucher Georges Albert 28 ans chef de famille typographe au journal de Bayeux

Cauderlier Jeanne Léopoldine 30 ans femme

Boucher Georges Auguste Léopold 4 ans fils

Commentaire : Jeanne s’est mariée et s’est installée au 19 où a dû naître le petit Georges.

Henri qui a maintenant 28 ans est le nouveau négociant en sel, d’ailleurs l’employé de commerce est au service d’Henri, son père se réservant l’activité de voyageur de commerce.

recensement de 1906

19

Boucher Georges Albert né le 18 janvier 1873 à Bayeux chef de famille typographe au journal de Bayeux

Cauderlier Jeanne Léopoldine née le 22 novembre 1870 à Bayeux femme

Boucher Georges Léopold Auguste Jean né le 1er février 1892 (1897) à Bayeux fils

Boucher Henri Joseph Charles né le 18 juin 1901 à Bayeux fils

Boucher Léon Jean Joseph né le 11 septembre 1904 fils

Lenormand Blanche Marguerite née le 8 mai 1891 à St Pierre du Mont domestique

21 Cauderlier Léopold né le 26 juillet 1847 à Gussignies Nord chef sans profession

Halley Amélie née le 29 juin 1845 à Briquebec femme

Cauderlier Henri né le 13 octobre 1873 à Bayeux fils négociant

Halley Ernest Gabriel né le 8 décembre 1854 à Briquebec beau-frère tailleur d’habits

Taillepied Amédé né le 4 novembre 1886 à Briqueville employé de commerce

Yon Emile né le 11 juillet 1881 à Lissy employé de commerce

Catherine Emile né le 28 février 1886 employé de commerce

Chez les Boucher, deux autres enfants sont nés, donc on a pris une domestique à demeure. Elle a 15 ans.

Léopold s’est retiré des affaires. Son fils Henri, encore célibataire, vit avec ses parents. Ils ont 3 employés, signe que l’affaire est florissante.

Ernest le beau-frère tailleur est revenu après être absent du recensement précédant. Dans quelle pièce vit-il ?

Recensement de 1911

19

Boucher Georges Albert né le 18 janvier 1873 à Bayeux chef de famille

Cauderlier Jeanne Léopoldine née le 22 novembre 1870 à Bayeux femme

Boucher Georges Jean né le 1er février 1897 à Bayeux fils

Boucher Henri Joseph Charles né le 18 juin 1901 à Bayeux fils

Boucher Léon Jean né le 11 septembre 1904 à Bayeux fils

21

Cauderlier Henri né le 13 octobre 1873 à Bayeux chef négociant

Cauderlier Marthe Marie née en 1883 à Pipriac Ile et Villaine femme

Cauderlier Amélie Adélaïde née le 30 juin 1846 à Briquebec mère

Cauderlier André Joseph né le 25 mai 1908 à Bayeux fils

Cauderlier Henriette Marie née le 5 décembre 1909 à Bayeux fille

Gancel Maurice né le 17 janvier 1891 à Carentan

Jeanne Gustave Célestin né à Colleville sur Mer1883 Garçon livreur

Taillepied Léopold Charles né le 8 juillet 1892 Garçon magasin

Lemarchand Delphine Marie née à Saint Côme du Mont le 7 septembre 1889 domestique

Commentaire : les petits Boucher ont grandi, la « fille au pair » est partie.

Henri s’est marié avec Marthe (mamie de Bayeux), ils ont eu 2 enfants, grand-père André et tante Henriette. Léopold est décédé. La grand-mère Amélie vit au RDC dans sa chambre à gauche de l’entrée. On héberge Maurice Gancel le cousin d’Henri. Delphine apparaît. 2 employés sont aussi logés dans la maison.

Recensement de 1921

19

Boucher Georges né le 13 janvier 1873 à Bayeux chef de famille typographe

Boucher Jeanne née le 22 novembre 1870 à Bayeux femme

Boucher Henri né le 18 juin 1901 à Bayeux fils employé de commerce

Boucher Léon né le 11 septembre 1904 à Bayeux fils ajusteur mécanicien

21

Cauderlier Henri né le 13 octobre 1873 à Bayeux chef commerçant

Cauderlier Marthe Marie née le 3 avril 1883 à Pipriac femme

Cauderlier André né le 25 mai 1908 à Bayeux fils

Cauderlier Henriette née le 5 décembre 1909 à Bayeux fille

Cauderlier Denise née le 9 décembre 1912 à Bayeux fille

Cauderlier Amélie née le 30 juin 1845 à Briquebec mère

Hopquin Berthe née le 28 novembre1898 à Hauteville la Guichard employée domestique Cauderlier

Commentaire : qu’est devenu Georges Boucher ? Est-il mort à la guerre de 14-18, ou a-t-il quitté la maison parce qu’il s’est marié ?

Henri Boucher est maintenant en âge de travailler, sans doute pour Henri Cauderlier comme dans le recensement suivant. Ce dernier est-il son parrain ?

Seuls les prénoms usuels sont portés au recensement, ce qui permet justement de savoir à coup sûr quel était le prénom d’usage.

Notre chère Berthe remplace Delphine. Elle sera au service de la famille pour de longues années, jusque dans les années 1960. Eveline et moi l’avons bien connue. Elle avait une jambe de bois et nous épatait quand elle montait et surtout descendait à l’envers l’escalier vers sa chambre sous les toits. Elle nous laissait faire toutes les bêtises, on jouait avec les poids de la balance, on cassait les petites feuilles de mica des poêles.

recensement de 1926

19

Boucher Georges né le 13 janvier 1873 à Bayeux chef de famille typographe au journal de Bayeux

Boucher née Cauderlier Jeanne née le 22 novembre 1870 à Bayeux épouse

Boucher Henri né le 18 juin 1901 à Bayeux fils employé de commerce pour le compte des Cauderlier

21

Cauderlier Henri né le 13 octobre 1873 à Bayeux chef, négociant en épicerie

Cauderlier Marthe Marie née le 3 avril 1883 à Pipriac femme

Cauderlier André né le 25 mai 1908 à Bayeux fils

Cauderlier Henriette née le 5 décembre 1909 à Bayeux fille

Cauderlier Denise née le 9 décembre 1912 à Bayeux fille

Cauderlier Amélie née le 30 juin 1845 à Briquebec mère

Hopquin Berthe née le 28 novembre1898 à Hauteville la Guichard employée domestique Cauderlier

Commentaire : Léon Boucher est parti, sans doute s’est-il marié.

Denise est née.

Recensement de 1931

19

Boucher Georges né le 13 janvier 1873 à Bayeux chef de famille typographe au journal de Bayeux

Boucher née Cauderlier Jeanne née le 22 novembre 1870 à Bayeux épouse sans profession

Boucher Henri né le 15 juin 1901 à Bayeux fils employé de commerce pour les Cauderlier

21

Cauderlier Henri né le 13 octobre 1873 à Bayeux chef commerçant patron

Cauderlier née De la Haye Marthe née le 3 avril 1883 à Pipriac épouse sans profession

Cauderlier Henriette née le 5 décembre 1909 à Bayeux fille sans profession

Cauderlier Denise née le 9 décembre 1912 à Bayeux fille sans profession

Hopquin Berthe née le 28 novembre1898 à Hatteville la Guichard domestique Cauderlier

Commentaire : André Cauderlier a quitté le foyer.

recensement de 1936

19

Boucher Georges Albert né le 13 janvier 1873 à Bayeux chef de famille typographe

21

Cauderlier Henri né le 13 octobre 1873 à Bayeux chef commerçant patron

Cauderlier née De la Haye Marthe née le 9 avril 1883 à Pipriac épouse sans profession

Cauderlier Denise née le 9 décembre 1912 à Bayeux fille sans profession

Hopquin Berthe née le 28 novembre1898 à Hauteville la Guichard domestique Cauderlier

Commentaire : une seule personne au 19, Georges Boucher ! Où sont passés sa femme et son fils ?

Henriette Cauderlier s’est mariée et a quitté le foyer de ses parents. Elle reviendra habiter la maison du 19 bien plus tard.

La généalogie c’est pour les vivants

J’écris pour les vivants et pour ceux qui viendront après nous.

S’il n’y a plus de vivants, la généalogie n’a plus d’objet. Elle est égocentrique, elle est aussi partage de recherches et de souvenirs pour les générations futures qui auront les mêmes aïeux et porteront peut-être le même nom de famille.

On a coutume de dire que l’Histoire commence avec l’invention de l’écriture, quand on dispose d’écrits, et que la Préhistoire est la période qui précède : les informations disponibles sont issues d’observations de ruines, fossiles, tombeaux, peintures rupestres…

Dans l’histoire familiale, c’est le contraire. On dispose d’écrits qui peuvent remonter à 4 siècles, et de façon plus courte d’une tradition orale de récits familiaux et d’objets qu’on peut faire parler.

Les informations disponibles ont augmenté considérablement depuis l’apparition de l’internet. Les récits sont maintenant à l’épreuve des sources écrites dont ne disposaient pas ceux qui les racontaient. Certains récits peuvent paraître romancés, d’autres se confirment par les actes écrits.

On raconte que l’oncle Joseph de la Haye, militaire de carrière, avait pu se rendre dans de nombreuses mairies grâce à ses déplacements professionnels, et qu’il avait ainsi pu établir l’arbre généalogique de sa famille au début du 20e siècle.

Arlette et moi, au début des années 1990, écrivions aux services d’état-civil des mairies ou nous rendions sur place.

La numérisation totale des archives bouleverse ces méthodes, de même que la mise en ligne des recherches des autres. Cet aspect va encore se développer. L’accès à l’information se décuple et permet de retrouver des détails oubliés. Ainsi la numérisation du journal officiel (retronews) permet de retrouver des informations qui n’étaient parfois connues que de l’intéressé.

Mais en même temps, la vraie histoire familiale, celle des peines et des espoirs, celle des émotions, des caractères des gens, leur humour, leur générosité, leur cœur, sont absents de ces documents. Les anecdotes transmises par le souvenir des vivants font vivre les personnes au-delà de ces informations sèches.

Les générations qui viennent auront des moyens encore plus importants qu’aujourd’hui pour compléter les recherches familiales.

Entre la donnée brute de l’acte d’état-civil et l’anecdote familiale, on trouve les photos. Ce sont elles qui m’ont donné l’envie de faire de la généalogie. Le dernier échange avec mon père André, quelques jours avant sa mort, avait pour thème les photos de sa mère Suzanne retrouvées à Dennemont, qu’il a formellement identifiées.

Quand j’avais une dizaine d’années, j’ai découvert à Dennemont un intriguant petit album de photos en bois orné d’un dessin du mont Saint-Michel. Il contient des photos sépias dont mon père m’a dit qu’elles étaient celles de membres de notre famille, une centaine d’années plus tôt.

Remettre des noms sur ces visages est un objectif qui me tient à coeur depuis lors et me comble de joie chaque fois que j’arrive à identifier une personne de plus. C’est un peu comme rendre la vie à la personne. En revanche, avoir une photo sans nom est une souffrance.

Quatre albums anciens sont parvenus jusqu’à nous. Ils sont composés de photos de photographes qui sont insérées dans des albums épais. Chacun raconte une histoire liée à la personne qui l’a construit. Les photos ne sont pas mises en vrac et par hasard. La succession des photos révèle les liens entre les gens.

J’ai regardé ces albums avec tante Denise Cauderlier à Bayeux au début des années 1990. Elle a noté sur les albums le nom des gens qu’elle pensait reconnaître, parfois avec des points d’interrogation. Ainsi Mademoiselle Cauderlier signifie qu’il s’agit de sœurs de Léopold non précisément identifiées. Elle n’a pas connu ces personnes, ou du moins pas aussi jeunes que sur les photos.

L’un des albums est consacré à la famille de la Haye. Celui de mon enfance concerne les Bouthreuil.

La première page de l’album qui me faisait rêver enfant représente le couple d’Hortense Cauderlier et Paul Bouthreuil, mes arrières-arrières-grands-parents du côté de ma grand-mère paternelle. La photo les montre jeunes. Elle date des années 1860.

Leur fille Marie-Louise Bouthreuil, mon arrière-grand-mère a fait les natures mortes au pastel qui sont accrochées dans notre cuisine. Elle a aussi dessiné une très jolie jeune fille à l’oiseau.

Leur fils Edouard meurt prématurément, après avoir fondé une famille avec trois enfants. Deux de ses filles disparaissent à la même époque, ne laissant que la mère et un fils en vie.

Cette histoire m’a été racontée par tante Denise en me montrant une photo où l’on voit une jolie voiture des années 20 avec un couple souriant et 3 enfants derrière. « Ca c’est la vision du bonheur juste avant la catastrophe » m’a-t-elle dit, encore touchée.

Le fils survivant, qui s’appelle aussi Edouard, est le père de ma marraine. Il est le parrain de mon père André.

Une autre caractéristique de la généalogie, c’est les choix à faire. On peut s’intéresser à de nombreuses branches parmi ses ancêtres. Le généalogiste est face à un nombre exponentiel d’aïeux, mais il est attiré par certaines branches qui paraissent plus porteuses d’histoires que d’autres.

La famille Cauderlier est un peu particulière, car une grande fratrie au milieu du 19e siècle déménage du Nord de la France à la Normandie. Elle génère beaucoup de descendants qui font souche en Normandie autour de Carentan et jusqu’à la Bretagne. C’est une famille soudée, mais aussi une famille qui au début du 20e siècle subit les pertes brutales de 3 pères de famille. (Jules Cauderlier, Charles Lagouche père, Edouard Bouthreuil père) dont les veuves et les orphelins vont se rapprocher de leurs frères, sœurs et cousins.

Au final 6 cousins se marient entre eux.

Parmi mes ancêtres, en raison de ces mariages entre cousins on compte 2 enfants de cette fratrie : Léopold Cauderlier et Hortense Cauderlier.

Jean Le Barbey, mon parrain, fils d’Henriette Cauderlier, descend d’Eugénie et Léopold. Les Cauderlier de Dinard descendent eux d’Augustin et Stéphanie.

Enfin la maison de Bayeux au 19-21 rue aux Coqs nous relie encore physiquement à cette famille qui y a vécu, travaillé, donné la vie, trouvé la mort, et y a laissé un grand nombre d’objets. Cette famille a fait de la maison un lieu magnétique pour les proches, attirant d’autres descendants de la grande fratrie.

Les recensements officiels successifs des habitants révèlent ainsi les liens qui unissaient Léopold et Henri à d’autres membres de la famille.