C’est encore dans un album photo de Bayeux que j’ai trouvé ce cliché inattendu.

Alors que l’album présente des photos en couleurs des années 50, au milieu, il y en a une, datée de 1913, qui est intitulée « Adalbert François – Maison Cauderlier ».
Petrificus totalus ! A l’évidence la scène a totalement pétrifié sur place deux jeunes Normandes revenant de l’école. C’est que le photographe sur le trottoir d’en face devait être assez cocasse avec son trépied et sa cape d’invisibilité.
Pendant ce temps notre ami essaie de sourire derrière sa moustache avec pas mal de kilos d’une marchandise fragile suspendue à son biceps droit tout en essayant d’imaginer la signification du mot « instantané ».
Parce que c’est parfois fragile les marchandises de la maison Cauderlier.
Pas tant les sacs de 50kg de sel qui font depuis toujours la réputation de l’établissement, mais les produits qui progressivement diversifient l’offre de notre établissement à destination des épiceries du Bessin.
Voyez plutôt cette facture de 1927 : Mademoiselle Fossey a bien pris un sac de sel à 56.50 francs, mais le total sur six mois fait 13 fois plus !

Bien sûr, il y a toujours eu des commis pour assurer les livraisons, alors on peut se demander pourquoi seul Adalbert François a eu l’honneur de figurer dans l’album de famille.
Pour moi il faut regarder la date.
En 1913, Adalbert François a visiblement acquis une certaine aisance dans son emploi et la guerre qui va suivre va envoyer au front son patron pour presque 5 ans.
Il est possible qu’il soit devenu l’homme providentiel, car lui, il a été exempté en 1900 pour bronchite chronique puis de nouveau en décembre 1914 pour faiblesse relative. C’est fragile aussi les jeunes gens !
Le dossier militaire de Paul Adalbert François nous apprend aussi qu’il habite au 18 de la rue du marché à Bayeux.
Effectivement on le trouve bien à cette adresse sur le recensement de Bayeux en 1921 où il est employé de commerce mais plus pour la maison Cauderlier, non, …

…, mais pour l’entreprise Morlent, autrement dit la fabrique de porcelaine de Bayeux.
Attention, la porcelaine… c’est fragile aussi…