La découverte de vieilles photos de famille me console un peu de la douloureuse charge de devoir vider les lieux où ont vécu mes parents.
Cette paire de photos du mariage de Jean Malfille et Lucienne Le Bastard va nous faire découvrir des visages de cousins du côté Lagouche dont je ne connaissais que les noms de famille.

Dès l’abord on est immédiatement séduit par les toilettes, les costumes et les chapeaux.
Puis on voit que les plus âgés sont fiers et les jeunes sont sérieux à l’exception du gamin coquin qui s’est caché en haut à droite.
C’est que le photographe -que nous allons bientôt identifier- vient de dire « ne bougez plus ».
A en juger par les tenues vestimentaires il ne fait pas bien chaud en ce début août 1921, et si l’on considère que certains personnages de la photographie sont flous et que les ombres sont peu marquées on peut même augurer qu’il ne fait pas très lumineux non plus ce jour là nécessitant un temps de pose plus long.
Très vite l’oeil cherche quelqu’un de connu et j’ai ainsi pu reconnaitre ma grand-mère Suzanne Lagouche (2ème rang à gauche avec un chapeau clair), sa mère Marie-Louise Lagouche née Bouthreuil (en haut légèrement à droite et légèrement floue aussi) et sa jeune soeur Madeleine (tout en haut à droite).
Mais notre chance cette fois c’est d’avoir une seconde photo

Cette photo ci est ratée notamment parce que la mariée est floue, ainsi que la petite fille d’honneur.
Mais de plus elle présente des lignes courbes qui indiquent clairement qu’il s’agit d’une photo sur plaque de verre et que le verre s’est cassé !
A y regarder de plus près, il y a 2 changements majeurs entre ces 2 clichés :
- la dame assise en bas complètement à gauche sur la première photo a échangé sa place avec la dame du milieu complètement à droite. On peut penser que c’est pour que la dame la plus âgée puisse s’asseoir. (ou alors c’est pour que le Monsieur 8 ait une cavalière de son âge !)
- le monsieur flou en haut au milieu de la première photo a disparu et le personnage numéroté 8 est apparu sur la seconde photo.
Comme souvent lorsque, sur deux photos presque identiques, une personne est remplacée par une autre, la raison en est qu’il s’agit des deux photographes successifs.
Et effectivement on reconnait facilement que notre numéro 8 n’est autre de l’oncle Charles Lagouche, cousin germain de la mariée et photographe aguerri (au sens propre au cours du conflit 14-18). La première photo serait donc son oeuvre.
Du coup son remplaçant qui a pris la seconde photo est sûrement son jeune frère Marcel Lagouche qui est un peu flou sur la première photo. Comme il n’apparaît pas sur la seconde photo, il n’est pas nommé dans la liste qui figure au verso de celle-ci :

Et il est fort possible que ce soit précisément Marcel Lagouche qui ait commenté sa propre photo car cela expliquerait la grande familiarité dans les prénoms de ses frères et soeurs respectivement notés Suz, Mad et Ch. alors que les autres ont des prénoms entiers ou le plus souvent pas de prénom du tout, hélas.
On trouve donc sur ces photos :
Les mariés
Jules Jean Malfille né le 15 août 1897 à Fontenay-sous-Bois (Val-De-Marne)
et
Lucienne Marie Joséphine Le Bastard née le 9 mai 1897 à Cherbourg (Manche).
L’acte de mariage est probablement accessible aux archives de la Manche à St Lô, mais il n’est actuellement pas encore numérisé.
Pour le moment, seule la table décadaire est disponible en ligne.
Elle nous informe que c’est le 2 août 1921 à Cherbourg qu’a eu lieu ce mariage.

Les parents Malfille : Camille Jacques et Joséphine Angèle née Guyot
En l’absence de l’acte de mariage on retrouve aisément l’identité des parents du marié, notamment grâce à son dossier matricule militaire.
Au passage on apprend que le marié a combattu lors de la Première Guerre mondiale, du moins à partir de 1917 car il n’avait pas 18 ans en 1914.
Ses parents sont donc Camille Jacques Malfille et Joséphine Angèle née Guyot.
Ces deux là se sont mariés dans la Meuse à Etain le 17 juin 1893. L’acte de leur mariage est numérisé, bien complet et lisible.
Le voici :

Dans cet acte du mariage des parents du marié il y a tout ce dont peut rêver un généalogiste. Nous retiendrons que le père du marié était employé de commerce lors de son propre mariage en 1893 ainsi que son propre père Jacques Malfille. Sa mère était déjà décédée en 1893 et s’appelait Marguerite Laure Chauve.

Du côté de Madame, la mère du marié, née Joséphine Angèle Guyot nous apprenons qu’elle est la fille de François Jules Guyot, Juge de Paix du canton d’Etain (Meuse) et de Augustine Laure Cailleteau.
Bon, c’est aussi là, que quelques années plus tard, ils se sont éteints, à Etain !
Les parents Le Bastard et Charlotte Le Bastard

Les parents de Lucienne Le Bastard, la mariée, sont Gustave Jean-Baptiste Le Bastard et son épouse Victoria née Lagouche.
Aïe ! On dirait que Victoria a un petit bobo à l’index de la main droite, non ?!
Leur propre mariage a été célébré le 15 janvier 1895 à Valogne et l’acte comprend pas moins de 3 pages hors les nombreuses annexes. Parmi elles on trouve notamment une dispense de parenté émise par décret du Président de la République !
Rien que ça ! L’avait rien d’autre à faire Jean Casimir-Périer le 3 décembre 1894 ?

C’est que nous avons aussi comme pièce annexe citée ci-dessus l’acte de décès de la première épouse de Gustave qui n’est autre que la soeur ainée de Victoria qui s’appelait Augustine Lagouche.
C’est donc parce que sa seconde épouse Victoria Lagouche était la jeune soeur de sa première épouse Augustine Lagouche que Gustave Le Bastard a dû demander une dispense de parenté alors qu’il n’y avait pourtant aucune consanguinité entre eux.

Sur la seconde photo, Gustave a mis chapeau bas (devant tant d’intérêt de notre part) et Victoria a caché sa main droite sous sa main gauche pour qu’on ne voit plus son bobo.
Gustave Jean Baptiste Le Bastard, était un vrai Cherbourgeois. Il y est né le 29 novembre 1861, fils unique de François Auguste Pierre Le Bastard, boulanger à Cherbourg mort en 1862 avant même que son fils Gustave ne souffle sa première bougie.
Gustave, fera une carrière juridique comme huissier audiencier à Cherbourg puis comme huissier honoraire et Greffier de la Justice de Paix de Beaumont-Hague. Il quittera ce monde à Cherbourg le 5 avril 1939.
De son premier mariage avec Augustine Lagouche, Gustave aura une fille Charlotte Le Bastard, née le 2 novembre 1890 à Cherbourg, qui ne se mariera pas mais enseignera le violoncelle peut-être bien jusqu’à sa mort le 21 juin 1976 à Cherbourg. Elle a donc 31 ans sur cette photo lors de ce mariage qui est celui de sa demi-soeur. ( qui se trouve être aussi accessoirement sa cousine ! ).
Gustave et Augustine auront aussi un fils, né un an après Charlotte en 1891 et prénommé Robert mais qui ne vivra que 20 jours.
La petite Charlotte n’a que 2 ans et demi lorsqu’elle perd sa maman Augustine, décédée le 13 juin 1893 à Cherbourg.
On comprend que, comme c’était presque une coutume à cette époque, la cadette de la jeune maman défunte se trouve appelée à la remplacer.
Mais si Augustine Lagouche avait 31 ans lors de son mariage avec Gustave Le Bastard le 15 octobre 1889, sa cadette Victoria n’en a que 19 lors du sien le 15 janvier 1895. C’est que les deux soeurs avaient 16 ans d’écart !
Pour autant je ne trouve pas que l’écart d’âge entre Gustave et Victoria (14 ans) soit évident sur ces photos.
Gustave et Victoria n’auront qu’une fille, notre mariée Lucienne Le Bastard.
André Malfille, frère du marié, sa femme et sa fille
Le marié a un frère ainé que l’on appelle André semble-t-il quoique son état civil soit Jean André Malfille.
Il est né à Paris le 26 juin 1894 et a donc 3 ans de plus que le marié.
Il me semble bien qu’il ont le même coiffeur !
André Malfille est déjà marié ce 2 août 1921.
En effet il a épousé Berthe Germaine née Lefeuvre le 22 juillet 1919 à Fontenay sous Bois (Val de Marne).
Ensemble ils ont eu l’adorable petite fille d’honneur de ce mariage qui s’appelle Denise Andrée Marie Malfille.
La petite Denise est née le 23 mai 1920 à Paris 14ème.
C’est également dans le 14ème arrondissement de Paris que vivait le couple de ses parents et en dernier au numéro 55 du Boulevard Reuilly.
Je ne connait pas de descendance à la petite Denise Malfille.
Elle a vécu 82 ans et a quitté ce monde le 16 août 2002 à Villiers Saint-Denis dans l’Aisnes.
Les cousins Lagouche de la mariée
Evidemment, là, je suis plus à l’aise pour les reconnaitre et en parler puisqu’on trouve ici mon arrière grand-mère Marie-Louise Lagouche née Bouthreuil et ses quatre enfants.
Il semble bien que les deux jeunes-filles ont les même robes sans doute faites par elles-même comme de coutume à l’époque.
Déjà au premier janvier de cette même année nous avions vus que Suzanne et Madeleine portaient des toilettes identiques.


Mais là les garçons aussi sont habillés de la même façon, smoking et noeud papillon blanc du meilleur effet.
D’ailleurs ils ne sont pas les seuls à être ainsi costumés, le marié, les pères des mariés et les Marizy père et fils ont également adoptés ce dress-code contrairement au frère du marié notamment.


On a vu que Charles et Marcel Lagouche sont les auteurs de ces photographies, nous n’avons donc qu’une photo de chacun d’eux.
Les cousins Marizy du marié

Nous avons 4 représentants de la famille Marizy qui nous sont présentés comme des cousins du marié.
En effet en remontant un peu on trouve bien une alliance entre une grand-tante du marié et un monsieur Auguste Célestin Marizy.
La dame présentée comme étant Madame Marizy mère étant trop jeune pour pouvoir être Amélie née Guyot en 1843 on en déduit qu’elle est sans doute la belle-fille du couple Guyot-Marizy, le Monsieur Marizy père de la photo étant le fils de ce couple.
Monsieur Marizy père serait alors un cousin germain de la mère du marié.



La légende le la photo ne nous donne pas de prénom et nous n’avons pas trouvé la trace des descendants de ce couple Marizy-Guyot.
Nous ne connaissons donc pas les prénoms des Marizy de ces photos.
La famille Pietra/Boulay

Cette famille nous est présentée dans les légendes de la photos comme des amis en non comme des membres de la famille.
En cherchant un peu j’ai d’abord trouvé la trace d’une tombe au cimetière d’Omonville-la-petite, le village préféré de Jacques Prévert, dans un petit fascicule très bien fait, qui présente une photo de la tombe avec la description suivante :
Tombeau, haute stèle, granit poli, « in te domine speravit » familles Boulay-Fleury-Pietra, dont Ernest Boulay, chevalier de la Légion d’honneur, 1866-1943, Jean-Louis Pietra, chevalier de la Légion d’honneur, 1883-1972. Ce patronyme apparait parmi les donateurs des vitraux de 1937.
« Cimetière d’Omonville-la-Petite, Un lieu ouvert vers l’absolu » publié par la Commission départementale pour la sauvegarde du patrimoine funéraire

Maintenant que j’ai leurs prénoms il est plus facile de croiser les légendes de la photo avec des données généalogiques.
Il devient clair que Monsieur Jean-Louis Pietra, ami et sans doute collègue des Lagouche est venu à cette noce avec sa femme Simone Marguerite Esther Boulay, sa belle mère Madame Marguerite Jeanne Boulay née Langer et son beau-frère qui pourrait être Georges Paul Xavier Boulay.


et sa mère Marguerite Boulay née Langer
En définitive cette famille amie nous questionne par l’importance de sa présence à ce mariage (4 personnes) et les explications que le rédacteur des légendes nous en donne.
Jean-Louis Pietra aurait 38 ans et serait « Chef aux Finances » et effectivement il semble qu’il ait eu une belle carrière au sein des douanes.

Pourtant le 1er janvier de cette même année 1921 il n’est que « rédacteur » sur l’acte de décès d’un enfant né sans vie.
Les trois membres de sa belle famille Boulay, sont mentionnés comme chanteurs émérites mais je n’ai pu trouver aucune précision à ce sujet, et je m’arrête là car ce serait lourd de faire une quelconque plaisanterie à leur sujet.
Mme Mouchel amie des Lagouche

Cette fois il semble rigoureusement impossible d’identifier plus avant cette personne.
Et voila, on a fait le tour de cette photo et on a pu mesurer comme la présence des légendes étaient fondamentales pour nous permettre de comprendre.
Bien sûr nous avons des quantités d’autres photos de la famille Lagouche mais retrouverons nous les autres personnes sur d’autres photos ? Ce n’est pas impossible.
A suivre donc …
Notes :
Fratrie Lagouche
Dans la fratrie Lagouche nous avons :
- Louise Maria Pélagie Lagouche, l’ainée, mariée d’abord à un Monsieur Daniel, capitaine au long cours dont elle n’aura pas d’enfant ; puis à un Monsieur Pierre Bienaimé Auguste Lesauvage, percepteur à Valognes et lui même veuf et père de 4 enfants.
Il ne semble pas représentés à ce mariage. - Pélagie Lagouche, religieuse, Supérieure des Petites Soeurs des pauvres d’Amérique du Sud, décédée à Montpellier. Bon, elle, on peut supposer qu’elle ne va pas prendre un vol charter depuis le Pérou ou le Chili pour venir à ce mariage.
- Augustine Lagouche, née le 16 septembre 1858 à Valognes, première femme de Gustave Le Bastard, mère de la petite Charlotte (violoncelliste) et elle-même décédée le 13 juin 1893 à Cherbourg.
- Charles Raphaël Gustave Lagouche, mon arrière grand-père, né en mai 1861 et décédé le 26 novembre 1907. Il est ici représenté par sa veuve Marie-Louise née Bouthreuil et leurs 4 enfants Charles, Suzanne, Marcel et Madeleine.
- Victoria Lagouche, que nous voyons ici marier sa fille unique Lucienne issue de son mariage avec Gustave Le Bastard lui même veuf de sa soeur Augustine.